Finding my Intent – Part 2. 2


(English Version at the bottom of the page)

Depuis quelques semaines déjà, j’ai commencé une introspection sur mon travail. J’ai regardé l’ensemble des photos que j’avais réalisées depuis 18 mois. C’est assez intéressant de regarder ses premières photos. Je ne les ai pas regardées pour voir le chemin que j’ai parcouru depuis, mais plutôt pour comprendre ce qui me guidait dans la rue. 

Pour ceux qui connaissent un peu mon travail, une des premières choses qui ressort, c’est que j’aime photographier les gens dans leur intimité même. Je ne le fais pas de manière agressive quand je suis dans la rue, mais j’aime être au plus près des gens. C’est assez intimidant, mais je recherche ça. J’ai essayé de savoir pourquoi ?

L’éducation que j’ai eu, m’interdisait ce genre de comportement. Ne pas fixer du regard quelqu’un, ne pas entrer dans son espace personnel… J’ai lu quelque chose d’intéressant à ce sujet. Il s’agit d’un anthropologue Américain, Edward T Hall, qui a écrit un livre (La dimension cachée) qui parle de la dimension subjective et la distance physique à laquelle les individus se tiennent les uns des autres. Bien sûr selon les cultures, ces distances ne sont pas les mêmes, mais néanmoins 4 types de distances se dégagent.

  • La distance publique : elle est de plus de 7 m. Comme lors d’une conférence.
  • La distance sociale : c’est la distance qu’on constate lors de relations professionnelles ou dans la vie de tous les jours avec de parfaits inconnus. Cette distance se situe entre 1,20 et 3,60 m. A cette distance, on se sent en sécurité et les émotions sont bien maîtrisées.
  • La distance personnelle : c’est une distance évoluant entre 0,45 et 1,20 m. On entre dans l’espace personnel de la personne
  • La distance intime : ici on se trouve en dessous de 0,45 m. Ça implique d’avoir une relation privilégiée avec la personne pour la laisser entrer dans sa bulle de protection. Y entrer sans être autorisé serait vécu comme une agression.

Quand je fais des photos, j’évolue très souvent à la limite entre la distance personnelle et la distance intime. Mais comme je l’ai dit, jamais de manière agressive. Comment me direz vous ? Soit en étant immobile dans la rue et en laissant les gens passer très près de moi pour les photographier (bien sûr mon placement dans la rue est stratégique) ou sinon en ayant eu l’accord des personnes photographiées. Avec mes parents même, il y a toujours eu une certaine pudeur dans notre relation et je n’ai pas beaucoup de souvenirs d’avoir évolué en dessous de la distance personnelle. C’est sûrement la raison pour laquelle je suis à la recherche de ça dans la rue. Pour combler ce manque. Etre dans l’intimité des gens, un espace où l’émotion est moins maîtrisée. 

J’avais déjà évoqué ce point dans un autre Blog. Je suis mari et père de deux enfants en bas âge. Comme tout le monde, je travaille, je dois m’occuper des enfants, de la maison. Une routine assez bien réglée qui est confortable. J’avais besoin de quelque chose qui me permettrait de sortir justement de cette routine. Certains font de la peinture, de la musique ou je ne sais autres activités artistiques ou pas. Moi, j’ai trouvé avec la photographie, mon moyen d’expression. Une façon aussi de m’affirmer autrement que dans mon rôle de père et mari. Je pense que tout le monde a besoin de ça. La photographie de rue est parfaite, car je n’ai pas besoin d’aller bien loin. Je peux la pratiquer dans mon village, dans Aix (là ou je travaille) ou même en vacances. Ça me demande aussi aucun investissement financier. C’est un moment où je me retrouve en tête à tête avec moi même. J’oublie mes petits tracas quotidiens. On peut dire que cette pratique a un côté thérapeutique.

Pour terminer, je dirai qu’il y a aussi au fond de moi cette volonté de documenter  mon époque. Je crois un peu naïvement, que mes photos auront une autre portée un jour. Ça peut paraître prétentieux. Je ne parle pas de reconnaissance, mais je pense que notre travail de photographe de rue, est de laisser un héritage qui sera peut être utile dans plusieurs dizaines d’années. La ville change. Les habitudes vestimentaires changent avec la mode. Les comportements changent aussi. C’est un univers qui est en perpétuelle évolution. J’ai le sentiment que mon devoir est de documenter tout ça pour montrer aux générations futures à quoi ressemblait Aix-en-Provence à l’époque où j’ai vécu. 

Ça y est, j’en ai terminé sur ce sujet… Ce travail personnel de répondre à la question « Pourquoi je fais des photos », m’a demandé pas mal de réflexions et de temps. Je suis content de l’avoir réalisé. Est ce obligatoire d’y répondre pour faire de la photo ? Je ne sais pas. Certaines personnes continuent de faire des photos sans se poser la question et espèrent que le temps leur apportera plus tard la réponse. Personnellement, j’avais besoin de trouver mon « Intent » pour donner du sens à mon travail. 

 

Comme je vous l’ai dit, je profite de mon break (plus ou moins long…) avec les réseaux sociaux pour travailler sur des projets que je voulais développer depuis un moment. Vous en saurez plus dans un prochain Blog ! En attendant, portez vous bien et à très bientôt.

 

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Finding my Intent – Part 2

 

For a few weeks now, I started to introspect on my work. I looked at all the photos I had done for 18 months. It’s quite interesting to look his first pictures. I did not look at them to see where I’ve been since, but rather to understand what guided me in the street.

For those who know my work a little, one of the first things that stands out is that I like to be close to the people I photograph. I do not do it aggressively when I’m on the street, but I like being closer to people. It’s quite intimidating, but I’m looking for that. I tried to find out why ?

The education I had, forbade me that kind of behavior. Do not stare at someone, do not go into their personal space … I read something interesting about it. This is an American anthropologist, Edward T Hall, who has written a book (The Hidden Dimension) that talks about the subjective dimension and the physical distance to which individuals stand each other. Of course according to cultures these distances are not the same, but nevertheless 4 types of distances emerge.

  • The public distance: it is more than 7 m. Like at a conference.
  • Social distance: this is the distance we see in professional relationships or in everyday life with perfect strangers. This distance is between 1.20 and 3.60 m. At this distance, one feels safe and the emotions are well controlled.
  • The personal distance: it is a distance evolving between 0,45 and 1,20 m. We enter the personal space of the person
  • The intimate distance: here we are below 0.45 m. It involves having a privileged relationship with the person to let her into her protective bubble. To enter without being authorized would be lived as an aggression.

When I take pictures, I often move to the limit between personal distance and intimate distance. But as I said, never aggressively. How will you tell me ? Either by being motionless in the street and letting people pass very close to me to photograph (of course my placement in the street is strategic) them or otherwise having had the agreement of photographed people. With my parents, there has always been a certain modesty in our relationship and I do not have many memories of having moved below personal distance. That’s probably the reason I’m looking for it in the street. To fill this gap. Being in the privacy of people, a space where emotion is less controlled.

I had already mentioned this point in another blog. I am a husband and father of two young children. Like everyone else, I work, I have to take care of children, of the house. A fairly well-tuned routine that is comfortable. I needed something that would allow me to get out of this routine. Some do painting, music or I do not know other artistic activities or not. Me, I found with photography, my means of expression. A way also to assert myself differently than in my role as father and husband. I think everyone needs that. Street photography is perfect because I do not have to go far. I can practice in my village, in Aix (where I work) or even on vacation. It also requires me no financial investment. It’s a moment when I find myself alone with myself. I forget my daily worries. It can be said that this practice has a therapeutic side.

In conclusion, I will say that there is also deep inside me this desire to document my era. I believe a little naively, that my photos will have another reach one day. It may sound pretentious. I’m not talking about recognition, but I think that our job as a street photographer is to leave a legacy that may be useful in many decades. The city is changing. Dress habits change with fashion. Behaviors change too. Everything is in perpetual evolution. I feel that my duty is to document all this to show future generations what Aix-en-Provence was like at the time I lived.

That’s it, I’m done on this subject … This personal work to answer the question « Why I’m taking pictures », asked me a lot of thoughts and time. I’m glad I realized it. Is it mandatory to answer to make the photo? I do not know. Some people continue to take photos without asking the question and hope that time will bring them the answer later. Personally, I needed to find my « Intent » to make sense of my work.

As I told you, I take advantage of my break (more or less long …) with social networks to work on projects that I wanted to develop for a while. You will know more in a future Blog. Stay tuned !


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2 commentaires sur “Finding my Intent – Part 2.

  • John Harper

    As usual a fascinating read coupled with compelling photography.

    Invading someone’s personal space is perhaps your style, but also light and contrasts play a major part of the photos you present. This of course reflects your location, the viewer can get a real feel of Aix-en-Provence.

    At some stage the documentation will become historical. So many of the great photos that we revere are purely due to the history factor. The people, cars, fashion, buildings that may have long disappeared. Capturing a moment like that is what photography is possibly.

    Back to Street or Life Photography. I think part of what might seem like bravery is due to where we are shooting. If we place ourselves in a tourist attraction – Aix for you, Bath for me – then carrying and pointing a camera at people is normal. They aren’t that bothered. Try the same in a “standard” small town and the reaction is different. You might remember one of my early blogs whereby I was approached by the police wanting to know what I was doing and why. In New York the police will pose for you, there’s the difference.

    Cheers for now. J

    • Jeff Chane-Mouye Auteur de l’article

      You’re right John, I was about to talk about my editing in this Blog but gave up on it. The way I edit my pictures has to deal with my mood. Not my everyday mood, but when something bothered me. I can see things pretty dark with a tendency to see things worst than they really are. So when I’m saying that there’s a lot of me in my photographs, I’m not fainting it… When I’m on holidays, I shoot more color. I’m more relax, less stressed and I’m looking forward playing with color. For this light & shadow stuff, as you know where I live, the light is beautiful and we often have blue sky. The few times I went shooting last week, the light was pretty flat and I liked it. I Stopped Relying too much on light and I forced myself to look for other things because we see too much on FB or Insta people using it as a gimmick. Which often ends in boooring pictures.