The grass is always greener on the other side. 5


 

(English version at the bottom of the page)

 

Quand j’ai commencé la Street Photography, je me suis vite lassé d’Aix-en-Provence. J’avais des envies d’ailleurs. J’enviais ces chanceux qui habitaient Marseille, Paris. De vraies villes où il se passe mille choses. Je ne vous parle même pas des autres grandes métropoles étrangères ! Londres, San-Francisco, New-York, Hong-Kong, Tokyo… Toutes les photos que j’avais vues de ces villes sur la toile m’avaient fait tourner la tête. J’avais des envies de voyages. Je regrettai de ne pas avoir fait de la Street Photography plus tôt, alors que je n’étais qu’un jeune con insouciant et sans responsabilités. Dans ma jeunesse, j’ai un peu voyagé. Pas autant que j’aurais aimé, mais j’ai été été dans pas mal de villes américaines (NY, Boston, SF, San Diego, Las Vegas…), quelques villes asiatiques (HK, Tokyo), en Inde et aussi en Océanie avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Malheureusement je ne faisais pas encore de Street Photography… 

 

 

Pour beaucoup de photographes, c’est un objectif de voyager pour faire des photos. Oui, il semblerait que « l’herbe soit plus verte ailleurs ». A la recherche d’exotisme. C’est fou comme on a l’air plus inspiré, plus attentif quand on est loin de chez nous. Fini la routine, les mêmes lieux visités. Ici place à la nouveauté, pas de problème d’inspiration. Chaque coin de rue est un émerveillement. Les mœurs et habitudes des gens sont différents de chez nous. Bref voyager permet de libérer sa créativité. Alors moi, autant vous dire, depuis 8 ans, c’est fini les voyages. Etant père de deux enfants, j’ai mis entre parenthèse ces escapades. D’une part, c’est compliqué de voyager avec des enfants en bas âge et d’autre part, au delà du fait que les voyages coûtent chers, je ne voyais pas trop d’intérêt si mes enfants n’allaient pas avoir de vrais souvenirs de ces voyages. On a décidé ma femme et moi d’attendre que Ronan, notre plus jeune garçon ait 8 ans avant d’envisager un vrai voyage avec eux. Donc me voilà coincé à Aix-en-Provence, ville néanmoins de près de 150 000 habitants ! Ok ceux qui habitent Paris ou Londres, je vous vois pouffer…

 

 

Voyager a de l’intérêt pour moi. Découvrir de nouveaux endroits, une nouvelle culture. Visiter des lieux qui m’ont fait rêver dans des films. Mais revenons un peu à la photographie et plus particulièrement à la Street Photography, car comme vous le savez, c’est de ça dont il est question sur ce Blog. J’ai vu de nombreuses photos de ces grandes villes. Ces photos m’émerveillent. Ces photos me touchent. Pourquoi ? Parce que j’aurais aimé être à la place des photographes et pouvoir immortaliser ces moments ? Non, je les trouve très belles parce qu’elles ont été prises par des gens qui habitent ces villes. C’est chez eux. Ils documentent leurs villes, de New-York à Tokyo en passant par Paris. Oui je considère que ces personnes ont de la chance d’habiter dans de tels endroits. Est ce que j’aimerai être à leur place ? Soyons honnêtes. Oui. Une partie de moi se dit que ce serait cool d’habiter New-York et donc de pouvoir documenter ma vie là bas. Mais une autre partie de moi se dit que je suis bien à Aix-en-Provence. Après tout : « L’herbe est elle vraiment plus verte ailleurs ? ». C’est un peu comme le G.A.S (Gear Acquisition Syndrom). On aura beau acheter l’appareil photo dernier cri, à un moment il nous faudra encore autre chose pour assouvir notre G.A.S. Je reste persuadé que si j’habitais New-York, je fantasmerai sur une autre ville comme Hong-Kong, en me disant qu’aller ailleurs voir autre chose boosterait ma créativité.

 

 

Je suis donc à Aix-en-Provence. J’ai passé les 18 derniers mois à documenter quasi exclusivement les rues de cette ville. J’ai dû arpenter toutes les rues ou presque. Je croise souvent les mêmes personnes lors de mes sorties. Les gens commencent à me reconnaître. Est ce que j’ai envie d’aller ailleurs pour faire des photos ? En fait si je parle de Street Photography, je dirais non. Mon travail est intiment lié à la ville d’Aix-en-Provence. C’est là où je vis et documenter ses rues a du sens pour moi.  Ça veut dire que je ne ferais pas de Street Photos si je devais aller voyager ailleurs ? Oh bien sûr que j’en ferais. Mais la démarche n’est pas la même. Je ne sais pas si je suis vraiment très clair. Ce que j’essaye d’expliquer, c’est que je ne recherche pas le voyage pour faire des photos, mais que je profite du voyage pour faire des photos. C’est une démarche totalement différente. J’ai récemment découvert Bill McIntyre, un très bon photographe, qui lui pense le contraire. Au travers d’une interview donnée au collectif « In Public », il affirme qu’il voyageait pour faire des photos. Personnellement, j’ai longtemps cru que j’étais coincé dans ma petite ville de Province. Mais je trouve cette contrainte intéressante et très stimulante. Comment constamment se renouveler. La ville n’est pas bien grande, mais elle change au gré des saisons. La lumière change. La population change. La ville change !

 

 

Pendant un moment j’ai eu une conception de la Street Photography bien différente de celle d’aujourd’hui. Je photographiais des endroits puis je m’arrangeais pour rajouter un élément humain pour en faire une street photo. C’est très efficace et faut reconnaître que ce sont des machines à « likes ». Prenez un arrière plan très photogénique et rajoutez y une présence humaine dedans et banco ! C’est pour cela que je me suis lassé rapidement d’Aix-en-Provence. Comme toute ville, si vous opérez de la sorte, vous aurez vite fait le tour de la ville et rapidement s’installera la routine et l’ennui… Depuis plusieurs mois maintenant, j’ai décidé d’avoir une approche plus directe de la Street Photography en me focalisant sur les personnes. Et ça change beaucoup de choses. Je trouve cette approche plus « old fashionned », mais surtout, je ne me sens plus limité par ma petite ville de Province. Les possibilités sont infinies. Pas besoin d’aller à New-York. Lors de mes lectures de Portfolio, quand j’ai dit à un des lecteurs que mes photos étaient quasiment toutes faites à Aix-en-Provence, il m’a dit en les regardant que rien ne le laisse à penser. Pour lui elles auraient pu être prises n’importe où. C’est assez intéressant comme remarque et ça montre bien que finalement le lieu importe peu. On photographie la vie, la rue. Que ce soit à Aix, Paris ou New-York. On photographie les gens. Qu’importe la taille de la ville. C’est pour ça que je n’ai plus ce sentiment de routine. J’ai beau arpenter les mêmes rues, les mêmes boulevards à Aix, je ne photographie pas la ville, mais je photographie les gens et toute une vie ne sera pas suffisante pour en faire le tour.

 

 

Alors je ne sais pas si l’herbe est plus verte ailleurs, mais en ce qui me concerne, mon carré de gazon Aixois me suffit amplement. Je suis content de documenter les rues d’Aix-en-Provence. Pour conclure, Don Springer m’a récemment dit quelque chose très à propos alors qu’un de ses Blog évoquait aussi ce sujet ( http://streetshooter.net/january-23rd-2018-finding-the-un-lost-or-put-your-title-here/ ).

Jeff, I think the message is to work where the heart is and home is where the heart is.

 

 

~o~

 

 

The grass is always greener on the other side.

 

 

 

When I started Street Photography, I quickly got tired of Aix-en-Provence. I wanted to go elsewhere for shooting. I envied those lucky people who lived in Marseille, Paris. Real cities where a thousand things happen. I do not even talk to you about other big foreign cities ! London, San Francisco, New York, Hong-Kong, Tokyo … All the pictures I saw of these cities on the web made my head spinning. I wanted to travel. I regretted not having done Street Photography earlier, when I was a carefree and careless young guy. In my youth, I traveled a little. Not as much as I would have liked, but I’ve been to a lot of American cities (NY, Boston, SF, San Diego, Las Vegas …), some Asian cities (HK, Tokyo), India and also Oceania with Australia and New Zealand. Unfortunately I was not doing Street Photography yet …

 

 

For many photographers, it’s a goal to travel to take pictures. Yes, it seems that « the grass is greener elsewhere ». In search of exoticism. It’s crazy as we look more inspired, more attentive when we are far from home. No more routine, the same places visited. Here place to novelty, no problem of inspiration. Every street corner is a wonder. The habits and habits of people are different from us. In short, traveling allows you to release your creativity. For me, so much to tell you,since 8 years, it’s over the trips. As a father of two, I put these getaways in parenthesis. On the one hand, it is complicated to travel with young children and on the other hand, beyond the fact that travel is expensive, I did not see too much interest if my children were not going to have real memories of these trips. My wife and I decided to wait until Ronan, our youngest boy, would be 8 years old before considering a real trip with them. So here I am stuck in Aix-en-Provence, city nevertheless of nearly 150 000 inhabitants ! Ok those who live in Paris or London, I see you giggle …

 

 

Traveling is interesting for me. Discover new places, new cultures. Visit places that made me dream in movies. But let’s get back to photography, especially Street Photography, because as you know, that’s what this Blog is about. I saw many pictures of these big cities. These photos amaze me. These photos touch me. Why ? Because I would have liked to be in the place of the photographers and to be able to immortalize these moments ? No, I find them very beautiful because they were taken by people who live in these cities. It’s their home. They document their cities, from New York to Tokyo via Paris. Yes I consider that these people are lucky to live in such places. Will I like to be in their shoes ? Let’s be honest. Yes. Part of me think it would be cool to live in New York and to be able to document my life there. But another part of me thinks that I am fine in Aix-en-Provence. After all : « Is the grass really greener elsewhere ? « . It’s a bit like G.A.S (Gear Acquisition Syndrom). It will be nice to buy this latest sexy camera, at some point we will need something else to satiate our G.A.S. I remain convinced that if I lived in New York, I would fantasize about another city like Hong Kong, telling myself that going elsewhere to see something else would boost my creativity.

 

 

I am therefore in Aix-en-Provence. I spent the last 18 months documenting almost exclusively the streets of this city. I had to walk all the streets or almost. I often meet the same people during my walks. People are starting to recognize me. Do I want to go somewhere else to take pictures ? In fact if I talk about Street Photography, I would say no. My work is intimately linked to the city of Aix-en-Provence. This is where I live and document its streets makes sense to me. Does that mean I would not do Street Photos if I had to go somewhere else ? Oh sure I would. But the approach is not the same. I do not know if I am really very clear. What I’m trying to explain is that I’m not looking for a trip to take photos, but I’m taking advantage of the trip to take pictures. It’s a totally different approach. I recently discovered Bill McIntyre, a very good photographer, who thinks differently. Through an interview given to the collective « In Public », he says he traveled to take pictures. Personally, I have long believed that I was stuck in my small town of Province. But I find this constraint interesting and very stimulating. How to constantly renew oneself. The city is not very big, but it changes with the seasons. The light changes. The population is changing. The city changes !

 

 

For a moment I had a Street Photography approach quite different from today’s. I photographed places then I managed to add a human element to make a street photo. It is very effective and must recognize that they are « like » machines. Take a very photogenic background and add a human presence in it and banco ! That’s why I got tired of Aix-en-Provence quickly. Like any city, if you operate this way, you will have quickly toured the city and will quickly settle the routine and the boredom … For several months now, I decided to have a more direct approach of the Street Photography by focusing on people. And that changes a lot of things. I find this approach more « old fashioned », but above all, I do not feel limited by my small town of Province. The possibilities are limitless. No need to go to New York. When I had my Portfolio lecture, when I told one of the readers that my photos were almost all made in Aix-en-Provence, he told me by looking at them that nothing leads him to think. For him they could have been taken anywhere. It’s quite interesting as a remark and it shows that the place does not matter. We photograph life, the street. Whether in Aix, Paris or New York. We photograph people. No matter the size of the city. That’s why I no longer feel that routine. I walk the same streets, the same boulevards in Aix, I do not photograph the city, but I photograph people and a lifetime will not be enough to go around.

 

 

So I do not know if the grass is greener elsewhere, but in my case, my place of Aix is enough for me. I am happy to document the streets of Aix-en-Provence. To conclude, Don Springer recently told me something very timely while one of his Blog also evoked this topic (http://streetshooter.net/january-23rd-2018-finding-the-un-lost-or -put-your-title-here /).

Jeff, I think the message is to work where the heart is and home is where the heart is.

 

Share Button

5
Poster un Commentaire

avatar
2 Comment threads
3 Thread replies
0 Followers
 
Most reacted comment
Hottest comment thread
2 Comment authors
Size matters ... - Jeff CHANE-MOUYE PHOTOGRAPHYJohn HarperJeff Chane-Mouye Recent comment authors
  Subscribe  
plus récents plus anciens
Me notifier des
John Harper
Invité

I’ve often said that I could spend a whole day simply standing with my camera on a street corner or intersection in Manhattan, pick any you like and the photographic possibilities will never end. The sheer volume of interesting people, not the backdrop is what interests me. So, why travel all the way to NYC just to stand on one corner? Might as well stand in one place at your nearest large town or city, providing there are plenty of people of course and Aix is a tourist destination, similar to the city of Bath where I tend to head… Read more »

trackback

[…] chercher quoi que ce soit à Marseille. J’avais déjà écrit un Blog là dessus : The grass is always greener on the other side. C’est comme le G.A.S. Quand on manque d’inspiration, on pense que changer de matos est […]