Contact sheet #10 : Egocentric. 4


(English version at the bottom of the page)

Ce week-end, j’ai eu le plaisir de me retrouver avec Elizabeth Char dans les rues d’Aix-en-Provence. C’est sûrement la dernière fois qu’on se voit sous le ciel bleu de Provence ! Mine de rien, le temps fait son office et le départ c’est pour bientôt. 5 mois pour ma femme et mes enfants et 7 mois pour moi car je dois faire quelques formations avant d’être muté à l’île de la Réunion. Elizabeth a suggéré qu’on échange un tirage avant que je déménage sous les tropiques. Ça fait un moment que je voulais me lancer dans l’échange de tirages avec des photographes que j’apprécie. Elizabeth sera donc la première ! Voilà la photo qu’elle a choisie.

 

 

Cette photo a été prise en été 2017. En regardant dans mes archives, j’ai trouvé 6 photos de la même scène. Ça me semble peu car je me rappelle très bien que j’étais resté un bon moment à cet endroit à faire des photos. Un petit tour sous Lightroom me confirme que ma mémoire est toujours bonne. C’est 60 photos de la même scène que j’ai réalisé ce jour là ! Je vous ai allégé la Contact Sheet pour ne présenter que 16 photos.

 

 

Au travers de cette planche contact, vous pouvez voir comment a évolué ma vision de la scène tout au long de ces 60 prises de vue. Cette  photo a été réalisée dans la Rue Aude, à deux pas de la Place d’Albertas. C’est un endroit que j’aime beaucoup car il y a toujours beaucoup de passage. C’était une fin d’après-midi et les ombres commençaient à s’allonger. J’ai tout de suite été attiré par cet utilitaire Volkswagen qui m’offrait la possibilité de jouer avec les reflets.

 

 

J’avais ici une ébauche de photo. Une belle lumière, un reflet miroir. Mais ça ne suffit pas ! Comme je l’ai écrit dans un Blog récent , Light is not enough … Comme la composition était vide, je me suis intégré dans le cadre.  Ça a commencé timidement avec mon reflet dans un coin du cadre. J’ai aussi réalisé qu’il me fallait autre chose. D’autres personnes. Mais là aussi c’était compliqué car à cause du grand angle, il fallait qu’ils passent relativement près de moi pour qu’ils occupent une bonne partie du cadre.

 

 

Ma vision s’est affinée au fur et à mesure que je prenais des photos. J’ai commencé à construire mon image. Mon reflet a pris de l’importance et j’ai joué avec les différents éléments qui m’étaient offerts. A savoir, mon T-shirt avec les kanjis de la ville de Tokyo, mon Ricoh GRD IV et bien sûr l’ombre de ma main sur mon T-shirt. Pour ce dernier point, une mise en scène était nécessaire pour que l’ombre de ma main soit intéressante et pour cela, j’ai du écarter les doigts ! L’ombre de ma main est un élément capital pour cette photo. Je ne voulais pas d’une masse informe, mais une ombre menaçante où l’on distingue les doigts. Je me suis rendu compte aussi qu’il fallait que mon visage ne soit pas visible. Je trouvais que ça rajoutait plus de mystère à la photo.

 

 

Sur les photos vous pouvez constater que mon reflet prend de plus en plus de place dans la composition finale. Ce qui aura commencer par un jeu sur les reflets, se termine en une photo très centrée sur moi. Je ne suis pas spécialement égocentrique, mais je conçois la photo comme une façon de se dévoiler aux autres. Il y a beaucoup de moi dans mes photos et je ne parle pas que des photos où je m’intègre à la composition.

Une fois que ma composition était réalisée, il me manquait des personnes dans mon cadre et comme je vous l’ai dit plus haut, ce n’était pas évident d’intégrer quelque chose d’intéressant dans le cadre. J’ai commencé par cliquer dès que des personnes se trouvaient dans la bonne zone en espérant qu’il se passe quelque chose. Mais bien sûr, il ne se passait rien. C’est à ce moment que j’ai eu une attitude pro active pour arriver à ce que je voulais. Quand les gens passaient à côté de moi, je me suis mis à toussoter pour attirer leur attention. Ça a marché ! Deux personnes se sont retournées et j’ai pu capturer ce qui me manquait dans ma composition : ce fameux « Eye Contact ».

 

 

Cette photo finale est l’une des dernières que j’ai réalisées. Il m’aura fallu plus de 60 photos pour arriver à ce résultat. On pourrait dire que cette photo a été scénarisée, mais je dirais plutôt que je l’ai construite petit à petit. Cette photo est spéciale et je suis bien content qu’Elizabeth ait choisi celle là. Elle me définit bien. Le Ricoh GRD IV, le côté mystérieux, la recherche de connexion avec la personne photographiée.

Ça faisait un moment que je voulais rédiger un article sur la genèse de cette photo. Cette photo tord le cou à pas mal d’idées sur la Street Photography. Le fameux instant décisif de Henri Cartier Bresson qui à mon avis est surfait, le fait d’avoir interagi sur la scène qui se passait devant moi et bien sûr le fameux Eye Contact. Vous pouvez voir les 16 photos sélectionnées dans cette planche contact. Au final il y en a eu plus de 60 photos, mais avec cette dizaine de photos, vous pouvez déjà avoir une idée de la genèse de cette photo.

 

 

Toutes les photos ont été réalisées avec le Ricoh GRD IV durant l’été 2017.

 

 

 

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Contact Sheet #11 : Egocentric.

 

 

 

 

This weekend, I had the pleasure of meeting up with Elizabeth Char in the streets of Aix-en-Provence. This is surely the last time we see each other under the blue sky of Provence ! Casually, time does its work and the departure is soon. 5 months for my wife and children and 7 months for me because I have to do some training before being transferred to the island of Reunion. Elizabeth suggested we trade a print before I move to the tropics. It’s been a while since I wanted to engage in the exchange of prints with photographers that I appreciate. Elizabeth will be the first ! This is the picture she chose.

 

 

This photo was taken during summer 2017. Looking in my archives, I found 6 photos of the same scene. It seems to me little because I remember very well that I stayed quite a long time at this place to take pictures. A little tour under Lightroom confirms that my memory is always good. It’s 60 photos of the same scene that I realized that day ! I lightened the Contact Sheet to present only 16 photos.

 

 

Through this contact sheet, you can see how evolved my vision of the scene throughout these 60 shots. This photo was made in Rue Aude, close to Albertas Square. This is a place I like because there is always a lot of passage. It was late afternoon and there was those long shadows. I was immediately attracted by this Volkswagen van that offered me the opportunity to play with the reflections.

 

 

I had here a rough picture. A beautiful light, a mirror reflection. But that’s not enough ! As I wrote in a recent Blog, Light is not enough … As the composition was empty, I integrated myself into the frame. It began timidly with my reflection in a corner of the frame. I also realized that I needed something else. Other people. But again it was complicated because of the wide angle, they had to walk relatively close to me to occupy a good part of the frame.

 

 

My vision became more refined as I took pictures. I started to build my image. My reflection became important and I played with the different elements that were offered to me. Namely, my T-shirt with the Kanjis of Tokyo, my Ricoh GRD IV and of course the shadow of my hand on my T-shirt. For this last point, a staging was necessary so that the shadow of my hand is interesting and for that, I had to spread the fingers ! The shadow of my hand is a key element for this photo. I did not want a shapeless shadow, but a threatening one where one can see the fingers. I also realized that my face must not be visible. I thought it added more mystery to the picture.

 

 

In the photos you can see that my reflection takes more and more space in the final composition. What will begin with a game on the reflections, ends in a photo very centered on me. I am not especially egocentric, but I see photography as a way to be revealed to others. There are a lot of me in my photos and I do not speak only pictures where I integrate myself in the composition.

Once my composition was done, I was missing people in the frame and as I told you earlier, it was not easy to incorporate someone interesting into the frame. I started clicking as soon as people were in the right zone hoping that something was going on. But of course, nothing was happening. It was at this moment that I had a pro active attitude to achieve what I wanted. When people passed by, I coughed to get their attention. It worked ! A few people turned around and I was able to capture what was missing in my composition : the « Eye Contact ».

 

 

This final photo is one of the last I made. It took me more than 60 photos to reach this result. We could say that this picture was scripted, but I would rather say that I built it little by little. This photo is special and I’m glad Elizabeth chose this one. She defines me well. The Ricoh GRD IV, the mysterious mood, looking for connection with the person photographed.

It’s been a while since I wanted to write an article on the genesis of this photo. This photo twists the neck of a lot of ideas on Street Photography. The famous decisive moment of  Henri Cartier Bresson which in my opinion is overrated, the fact of having interacted on the scene that was happening in front of me and of course the famous Eye Contact. You can see the 16 photos selected in this contact sheet. In the end there have been more than 60 photos, but with this dozen photos, you can already have an idea of ​​the genesis of this photo.

 

 

All the photographs were made with the Riucoh GRD IV during the summer 2017.

 

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Jeff Chane-MouyeJohn Harper Auteurs de commentaires récents
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John Harper
Invité

Elizabeth chose well. My choice was similar, although I’m much more interested in the character with glasses. Either of those two because they’re looking at you. I made that decision before reading your words by the way. Personally I believe that Street/ Life/documentary Photography is far better when someone’s eyes are looking back at us. I was thinking of writing a blogpost about that very subject.

No such thing as a decisive moment. We make those moments.