Non, je ne vais pas vous abreuver de vidéos T.M.E (Through My Eyes) … Pour ceux qui seraient nouveaux ici, je m’étais lancé il y a quelques temps de ça dans la réalisations de vidéos POV avec une GoPro fixée sur mon Ricoh GRD IV. Les gens pouvaient me suivre dans mes déambulations pour être avec moi et voir un peu comment je procédais dans la rue. J’ai abandonné ce concept car je trouvais le processing des vidéos beaucoup trop chronophage pour un résultat assez moyen. Depuis j’ai refilé ma GoPro aux enfants qui s’en servent dans la piscine …
J’ai une approche plutôt directe et instinctive dans la rue. Très souvent, je click en réaction directe à ce qui se passe devant moi. la composition importe peu. C’est la philosophie Snapshot. Depuis que je fais de la Street Photography, j’ai toujours utilisé ce terme pour mes photos. Certains y voient une connotation négative car le Snapshot est associé à un geste instinctif et non réfléchi. Je revendique ce type de photographie car pour moi l’énergie qui se dégage de ces photos sont sans aucune mesure. La rue ce n’est pas seulement des compositions léchées, des belles scènes, des personnages excentriques. La rue c’est aussi une énergie et la meilleure façon de capturer ça est le Snapshot. Très souvent dans mon cas, ces photos contiennent des gestuelles. Je suis souvent très près des gens et la composition est aléatoire du fait de ma proximité. Je n’ai pas déterré de vieilles photos mais parmi celles de 2022, j’ai trouvé celles la.
La Street Photography est aussi pour moi l’art d’observer. De cette observation découle des opportunités de photos. Hier je me suis accordé une petite heure pour faire des photos avant d’aller travailler. J’avais décidé de me rendre au marché du vendredi. Je n’y vais pas souvent car c’est assez loin du centre ville et je me lasse assez vite de ces endroits car au final toutes les photos se ressemblent. Nous avons du light/shadows grâce aux grands parasols, des personnages haut en couleur, beaucoup de monde … Si je devais faire un tour de la ville avec un photographe de rue, je l’emmènerai ici. Il s’éclaterait comme un petit fou. Mais quand vous l’avez fait plusieurs fois, c’est répétitif et il n’y a plus de challenge. C’est limite trop facile et trop prévisible et vous ne revenez pas. Ici clairement l’observation ne fait pas grande différence. Vous avez juste à cliquer ou presque. Je suis quand même reparti avec quelques photos intéressantes, mais aucun mérite …
Ce sont les abords du marché qui m’intéressaient le plus. Moins de monde et c’est là qu’il faut être attentif à ce qui se passe autour de vous. Se poster quelque part et anticiper ce que vont faire les gens. Même sans prendre de photos, c’est très prenant de voir la vie se dérouler devant soi. Chacun s’affaire et est dans sa bulle. Moi j’ai une attitude différente et je regarde des petites scènes se dérouler devant moi. J’observe et j’essaye de repérer des choses intéressantes comme des gestuelles, des compositions, des personnages, des attitudes. Pour que ce soit plus simple je choisis souvent des personnes statiques. Des personnes qui sont en transit et qui attendent. C’est dans ces situations que j’abandonne le côté snapshot pour plus construire mes photos et mes compositions.
Ces trois photos ont été faites coup sur coup. Pas plus de 10 minutes se sont écoulées entre la première et la troisième. Je m’étais rapproché d’un arrêt de bus. Il ne s’y passait pas grand chose et un bus est arrivé et les gens se sont rués dedans. Il était plein comme un œuf. Des gens patientaient pour essayer de se faire une place dedans. Mon regard a été attiré par le monsieur qui attendait patiemment à l’extérieur pour entrer dans le bus. C’est après coup que j’ai vu le gars en polo rouge qui s’appuyait sur une poubelle. Je savais que j’avais la, du potentiel. Il fallait rester pour que quelque chose de mieux se passe. A un moment, il a croisé ses bras sur la poubelle et s’est retourné. C’est le moment que j’attendais pour cliquer.
Pour la seconde photo, le bus et le gars en rouge sont partis. J’ai décidé de rester un peu histoire de voir si il n’y avait pas autre chose qui allait se passer. J’aime beaucoup traîner près des abris bus. Je suis rarement déçu et très souvent récompensé. Une dame qui patientait a commencé à agripper la structure de l’abris avec sa main. Voilà encore de quoi photographier. Je passe vite en mode macro pour pouvoir faire la mise au point à quelques centimètres de sa main. Il y a beaucoup de contraste et ce n’est pas évident. Je ne suis pas entièrement satisfait du résultat, mais j’ai fait avec ce que j’avais, j’aurais pu faire une composition élargie avec juste ce fragment (la main) qui resterait mystérieuse, mais j’ai opté pour une approche différente. Le deuxième bus passé, j’avais envie de bouger car je ne voulais plus me répéter ici et j’avais besoin de voir autre chose.
C’est là que je suis tombé sur cette troisième situation. Un panneau de stop qui gisait par terre. C’est une situation assez inhabituelle. J’avais l’impression qu’on avait coupé le panneau à sa base. La aussi, il y avait du potentiel, et je me suis demandé comment j’allais pouvoir photographier ça. Il n’y avait rien d’autre et j’ai pensé à ma propre ombre pour enrichir un peu la composition. Les gens du quartier assis de l’autre côté de la rue me regardaient et se demandaient sûrement pourquoi ce gars bizarre prenait des photos aussi insignifiantes … La voiture garée me gênait, mais le gars était sur le départ. C’est à ce moment que j’ai vu ce chien traverser la rue et entrer dans le cadre. Je me suis précipité pour le photographier, mais ce fût un échec. Mais c’est là qu’est arrivé le plus improbable. L’animal a dû sentir que je galérai dans ma composition et est venu me filer un coup de main. Il s’est posé pile en face de moi comme si il posait. J’ai fait plusieurs photos et c’est la dernière qui est ma préférée. Il s’est allongé de tout son long en fermant les yeux. Quand on regarde la photo, on se sait pas si il est vivant ou mort. J’aime beaucoup cette photo avec ses ombres, ses couleurs et bien sur l’attitude improbable du chien.
Si on me demandait de choisir entre les snapshots et les fois où je passe plus de temps à observer et à travailler mes compositions, je serais incapable de choisir. Ca dépend du moment et de mon état d’esprit. Je cois que j’inclus tout ça dans ma boîte à outils qui me sert dans la rue.
Toutes les photos ont été réalisées avec le Ricoh GRD IV.












