Mes blogs concernant mes « highlights » s’enchaînent à une vitesse folle me direz vous. enfin pas si folle que ça si on considère qu’il n’y en a qu’un par mois ! Le truc, c’est que je n’écris pas grand chose au milieu de ces Blogs qui sont en gros une récap de ce que j’ai fait dans le mois écoulé. Ce qui veut tout dire de mon manque d’inspiration à trouver un sujet intéressant pour un Blog. Pour ainsi dire, mes 3 derniers Blogs étaient les « Highlights » de juillet, août et septembre ! Non seulement j’ai du mal à écrire, mais en plus vous verrez après avoir lu ce Blog que j’ai aussi du mal à faire des photos !
#1

Une photo que vous avez déjà vue dans un Blog consacré aux Francofolies de cette année. J’aime beaucoup cette photo car une énergie folle se dégage de la composition. On distingue tout juste le chanteur dans la partie lumineuse, ce qui colle avec mon point de vue de photographe de rue : le plus important n’est pas le show sur scène, mais ce qui se passe autour. En l’occurrence ici lors d’un concert, c’est l’audience. Ici la lumière descend sur la scène et la foule sous forme de rayons et il y a dans les gestuelles des festivaliers comme une réponse avec les mains qui se lèvent en direction d’où vient la lumière. Cette photo a du grain et j’aime son côté très brut avec ses hautes lumières volontairement cramées lors du post-processing.
#2

« Women are beautiful » disait Gary Winogrand et bien sûr j’abonde dans son sens ! Son livre est sorti en pleine période féministe dans les années 70, mais je ne sais pas quel serait l’accueil d’un tel recueil aujourd’hui dans notre époque post #metoo où nombre de scandales ont éclaté.
Quand je fais des photos dans la rue, je peux être attiré par plusieurs choses. Je vous ai déjà parlé de la lumière, des gestuelles, des moments. Mais je suis aussi attiré par les belles personnes. Que ce soit des hommes ou des femmes.
Cette photo pourrait être réduite par certains à juste une autre photo de 2 jolies filles marchant dans la rue et donc me résumer à un photographe qui est juste attiré par la plastique avantageuse de ces jeunes filles. Je ne vous mentirai pas et c’est vrai que mon œil a été attiré par leur jeunesse et beauté. Mais je vais vous dire pourquoi j’ai trouvé cette photo très intéressante. J’ai aussi photographié ici la jeunesse telle qu’elle m’apparaît quotidiennement dans les rues de Saint-Denis. Je n’oublie pas que je documente les rues de ma ville et la photo montre plusieurs éléments de cette époque.
Je reviendrai sur ce point, mais avant tout je vous parlerai de la position quasi identique des jeunes filles. il suffit de regarder leurs jambes. Il y a aussi une certaine idée de la sororité présente à travers leur façon de s’habiller qui est quasi identique. Le mini short en jeans et le top noir sans manches. Si vous observez plus précisément la photo vous verrez qu’elles portent toutes les deux une chaîne de cheville au pied droit. La Réunion souffre comme pas mal d’autres endroits, de la malbouffe. Nous avons beaucoup de jeunes en surpoids qui consomment à toutes heures des sodas ou de la street food bien grasse disponibles partout dans la ville. Ici les jeunes filles sont plutôt minces mais celle de gauche a néanmoins à la main droite, une bouteille de soda et dans la gauche un petit sac en papier avec je le sais, des fritures locales qu’on peut acheter quasiment partout dans la ville. Je ne vous cacherai pas que j’ai l’impression que dans Saint-Denis, tout le monde a l’air constamment en train de grignoter quelque chose ou d’avoir une bouteille de soda dans la main. C’est assez flippant d’un point de vue sanitaire … Vous avez aussi le téléphone dans la poche de la fille. Ca n’a pas dû vous échapper, la façon qu’ont les filles de porter leurs téléphones qui sont toujours de plus en plus grand. Que ce soient dans les poches de devant ou derrière, il y a toujours un petit côté sexy de voir ces téléphones déborder allègrement des poches et la taille XXL des téléphones ont sur la silhouette des filles un effet amincissant un peu comme les rayures verticales d’un vêtement. Bon ce n’est pas le cas ici avec ces filles qui sont déjà très minces. Le dernier élément propre à cette époque, est la cigarette électronique. Je ne sais pas quel âge ont ces filles, mais je pense qu’elles doivent être tout juste majeures. L’industrie de tabac a réussi le coup de force de promouvoir la cigarette électronique comme un truc cool et sexy aux plus jeunes. La consommation des cigarette a baissé mais les jeunes consomment de plus en plus jeunes des cigarettes électroniques …
Les derniers éléments qui font que j’aime beaucoup cette photo, sont l’insouciance propre à la jeunesse qui se dégage de cette scène et bien sûr la gestuelle délicate que j’ai réussi à capturer.
Alors non, cette photo n’est pas simplement une autre photo de deux jeunes et jolies filles qui marchent dans la rue. Cette photo est bien plus que ça. C’est une photo très ancrée dans son époque.
#3

Dans la rue, il y a toujours cette volonté de ne pas photographier des gens dans des situations qui ne les mettent pas en valeur, mais aussi de ne pas censurer la rue en ne photographiant pas ce qui est sale, moche. J’ai pris le parti de tout photographier. Cet homme allongé par terre est malheureusement une figure bien connue des Dyonisiens (habitants de Saint-Denis). Quand il est plus ou moins sobre, il fait la manche et quand il est complètement bourré, il est toujours allongé quelque part. Il vit dans la rue, fait des passages aux urgences de la ville quand ça ne va pas et peu de temps après, on le retrouve dans les rues. Je lui donne régulièrement quelques pièces quand je traîne dans Saint-Denis. Je sais très bien à quoi va servir cet argent, mais je les lui donne quand même … A force de traîner dans la rue, on voit des gens nouveaux arriver sur les trottoirs et on assiste même à leur descente en enfer. J’ai vu l’évolution d’autres sans-abris. Ceux qui prenaient encore un peu soin d’eux, qui essayaient de garder un peu de dignité pour les voir plusieurs mois ensuite comme des loques qui se traînent dans la ville. Ca fait mal au cœur. J’avais discuté avec l’un d’entre eux. Je m’étais surpris à réaliser que cet homme qui venait d’arriver dans la rue était quelqu’un comme vous et moi. Je ne lui ai pas demandé par pudeur pourquoi il était maintenant dans la rue. On avait juste discuté et je lui avais donné quelques pièces. Ce qui m’avait marqué, c’était qu’il avait de superbes cheveux longs et blancs qui contrastaient avec sa peau tannée. Ce même sans-abris est toujours dans les rues de Saint-Denis depuis maintenant plusieurs années et il a le regard le vide, les cheveux coupés très court et il a depuis longtemps perdu son aspect soigné qu’il avait quand il est arrivé dans la rue. J’ai même vu des personnes carrément disparaître du paysage. C’était une femme, dont j’ai assisté aussi à la déchéance au fil des mois. Puis un jour, pfui, plus personne. On ne se dit pas que cette personne est allée ailleurs. On sait très bien qu’au bout d’un moment que cette personne est sûrement décédée.
Cette photo n’est pas juste une photo d’un sans-abris complètement bourré dans les rues de Saint-Denis. C’est aussi une photo qui documente de manière sincère ce qui se passe dans les rues de ma ville.
Voilà. Assez peu de photos pour ce mois. J’essaierai de faire mieux pour octobre !
Toutes les photos ont été faites avec le Ricoh GR3 | Crop 35mm
