Il y’a plusieurs mois de çà, j’avais partagé avec vous des photos faites lors du festival des Francofolies. Vous pouvez voir l’article relatif à ce festival de musique ici. Le week-end dernier, je suis allé à un autre festival de musique qui se passait dans le sud de l’île dans la ville de Saint Pierre. Contrairement aux Franco, le Sakifo accueille des artistes internationaux étrangers et pas uniquement des artistes francophones.
Depuis que j’ai commencé la street photography, j’ai toujours mon appareil photo dans mon sac. Ça me rassure de le savoir pas loin. J’aime bien l’avoir dans la main et quand je vais faire mes courses ou juste les magasins, ça m’arrive de l’avoir au poignet juste au cas où… Certains ont leur smartphone à la main, moi c’est mon Ricoh ! Quand je vais aux concerts, j’aime documenter ces moments. Ce n’est pas facile mais la scène avec ses jeux de lumière offre un backdrop sympa.
Revenons en au concept d’être là au bon endroit au bon moment. En Photographie de rue, c’est ce qu’on se dit souvent quand on a réussi une belle photo, comme si on avait besoin de se justifier pour avoir réussi à capturer un moment ! Moi le premier, j’ai tendance à avancer cette justification quand les gens s’extasient un peu trop sur une photo que j’ai pu prendre. Depuis toujours et pas qu’en Street Photography, j’ai ce sentiment de l’imposteur. Pour ceux qui me connaissent un peu, ils savent très bien que je ne me mettrais jamais en avant, que je n’ai pas d’égo et que je rabaisserai toujours ce que je fais, d’une part parce que je peux être perfectionniste ou tout simplement parce que je vois toujours le verre à moitié vide …
En y regardant de plus près en ce qui concerne la Street Photography, « Être là au bon endroit au bon moment » est juste une énorme connerie. Comme si on avait besoin de ça pour faire une photo. Oui parfois, on a l’impression que tous les éléments sont alignés et qu’on ne pouvait que capturer cette fichue scène comme si elle nous était offerte sur un plateau d’argent. Mais en fait c’est le cas pour toute photo qu’on pourrait faire. On a juste tendance à surinterpréter certaines choses et expliquer pourquoi cette photo prise là est meilleure que d’autres ou ces fameux foutus éléments n’avaient pas daigné s’aligner comme il le fallait …
C’est comme dire que j’ai été très chanceux en prenant telle ou telle photo. Il y a quelques semaines de ça, j’avais envoyé cette photo à John sur Whatsapp en lui expliquant, qu’il y avait un grand panneau publicitaire qui passait une vidéo relative à une chaîne de TV pay per view et que dans le film qui était diffusé, il y a un gros plan sur un œil, qui apparaît de manière très furtive et c’est ce que j’ai capturé au 1/2500 s.

Je me suis estimé extrêmement chanceux car mon attention n’était pas sur le contenu diffusé sur le panneau, mais sur la femme au premier plan qui m’avait attiré par sa gestuelle. Le panneau n’était qu’un élément que j’avais noté mais sans plus. Au final, l’élément le plus important de la photo est cet œil qui me renvoit au 1984 de George Orwell.
When the interviewer said to the pro golfer » You sure got lucky out there today », he replied » Yep funny that, the more I practice, the luckier I get ! »
C’est ce que John m’a dit. Alors chance ? Là au bon endroit ? Là au bon moment ? Oui un peu de tout ça, mais résumer une photo à ça est très réducteur. Cette chance, je l’ai provoquée en ayant mon appareil en main à ce moment, pour avoir spotté une situation et cadrant correctement, pour avoir déclenché au bon moment. Je ne suis pas en train de dire que la chance n’existe pas en Photographie de rue. Je suis le premier à dire que les photographes devraient arrêter d’avoir cette posture de dire que tout était maîtrisé dans le cadre quand ils ont pris une photo. Je trouve ça extrêmement prétentieux et faux. J’ai déjà écrit là dessus en disant que de nombreuses choses apparaissent lorsque je retouche mes photos et je trouve ça toujours excitant. C’est à ce moment que pour moi la photo se réalise.
Je vais revenir un peu au Festival de musique du weekend dernier. Même si il y a plusieurs groupes ou artistes intéressants lors de ce genre de festival, il y a toujours un artiste que vous attendez plus que d’autres. Un artiste qui fait que vous vous dites : « J’irai bien ce soir là » plutôt qu’un autre. Et ce weekend, c’était une jeune artiste complètement barrée : Miki. Il y avait plusieurs scènes et la programmation nous obligeait à jongler entre différents endroits. Pour tout vous dire, Gwen et moi, nous avons écourté la fin d’un concert pour aller faire les 200 m qui nous séparaient de la scène où allait se produire Miki. La foule était déjà assez dense et tel le serpent, je me suis faufilé entre les gens pour être juste en face de la scène à une distance raisonnable pour bien voir.

Comme je vous l’ai expliqué, mon Ricoh est au poignet pour snapper. J’adore prendre des photos de concert. J’ai croisé des photographes officiels du festival avec leurs Sony avec des objectifs tellement lumineux qu’ils pourraient photographier en pleine nuit sans que ça ne pose de problème. Bref, quand on connaît les performances du Ricoh GR III en basse lumière, je ne faisais pas le poids. Mais j’aime faire avec les contraintes que m’imposent le Ricoh. C’est toujours un challenge de sortir quelque chose quand la lumière vient à manquer.
En plein milieu du concert, la pluie s’invite et commence à nous fouetter le visage, je m’apprête à ranger mon Ricoh, quand Miki décide de descendre dans la foule et passe littéralement à 2 pas de nous pour se poster juste derrière nous sur une caisse de concert sur roue. Nous voilà donc juste à côté de Miki qui interprète sous la pluie une de ses chansons.
J’oublie la pluie et les risques que je fais prendre à mon Ricoh GR III. Et c’est là que je fais une photo qui comme d’habitude se révèlera quand je la retoucherai plus tard chez moi. La pluie, le contre jour, les spots comme deux yeux menaçants …

Alors quoi ? Le bon moment au bon endroit ? Oui, mais comme je l’ai dit, assez réducteur au final. Si on ne tient pas en compte que nous sommes partis avant la fin du concert précédent pour avoir une bonne place. Si on ne tient pas compte que j’ai pris la responsabilité de continuer à faire des photos malgré la pluie. Je nous parle pas des réglages que j’avais décidé d’utiliser plusieurs jours avant pour être plus réactif. Bref, si on ne tient pas compte de tous ces éléments, alors oui , j’étais là au bon endroit au bon moment !

Toutes les photos ont été prises avec le Ricoh GR III | Crop 35 mm
