Je viens tout juste de passer 15 jours en Afrique du Sud. Seul, sans femme ni enfants. La raison ? La première semaine était consacrée à des cours d’anglais. Cela fait partie de mon boulot que de maintenir un bon niveau d’anglais. J’avais décidé de prolonger mon séjour d’une semaine pour découvrir un peu la région du Cap. Oui j’ai oublié de le signaler, mais je ne suis resté qu’au Cap. J’avais dans l’idée de rester là bas pour faire un peu de street photo. Oui, vous pouvez dire que je suis quelqu’un de chanceux de pouvoir m’accorder une semaine complète juste pour moi.

La dernière fois que j’ai un truc de ce genre, c’était fin 2019. Gwen et les enfants étaient partis s’installer à l’île de la Réunion et je devais rester quelques temps encore en Hexagone pour des raisons professionnelles. J’avais pu partir à Rome et j’avais aussi squatter la maison d’amis à Marseille. Depuis, j’ai toujours voyagé en famille. Que ce soit en Afrique du Sud, à l’île Maurice, en Thaïlande, au Vietnam, à Nosy Be et plus récemment en Malaisie. Lors de pratiquement tous ces voyages, j’ai pu faire de la street photography en m’accordant du temps quand les autres voulaient rentrer se reposer à l’hôtel. Mais là cette fois, j’étais au Cap en solo ! Je pouvais sortir quand je voulais. Faire et refaire les mêmes endroits comme ça me chantait. Bref une totale liberté.

La première semaine, j’étais par contre contraint par les cours d’anglais qui me bouffaient une bonne partie de la journée. Je commençais à 8h30 et je terminais à 15h30. Mais même là, je parvenais à profiter un peu le matin et aussi de quelques heures avant de rentrer à l’hôtel. Quand j’ai su que j’allais passer plusieurs jours à Capetown, j’ai essayé de trouver des photographes de rue de là bas. Plusieurs collèges m’avaient déjà mis en garde sur la ville, qui est très belle mais assez peu sûre. Comme je comptais traîner pas mal dans les rues, ça m’inquiétait un peu et je me disais qu’un contact local serait utile pour des conseils.
Je me rappelais d’un photographe de l’époque Facebook qui était je croyais Sud Africain et habitait justement la région du Cap. Un certain Mac Farlane. Je me suis mis à sa recherche sur Google mais je ne suis pas parvenu à le retrouver… J’ai quand même essayé de googleliser Street Photography Capetown, dans le vague espoir que je puisse tomber sur lui ou sur d’autres street photographer. Mais je dois dire que je n’ai rien trouvé. J’ai utilisé le compte instagram de ma femme pour des recherches similaires. J’ai eu un peu plus de chances et je suis tombé sur deux photographes. Desmond Painter et Quaniet Richard. Pour le premier, un vague contact s’est établi et il ne m’a plus donné signe de vie. Too bad… Pour Richard Quaniet, je n’ai pas voulu le contacter car après avoir regardé son travail, ça ne correspondait absolument pas à l’idée que je me fais de la street photography… Lors de mes recherches, je suis aussi tombé sur des trucs étranges. C’était sur YouTube. Quand je vous dis que j’ai fait des recherches sur la Street Photography à Capetown, ce ne sont pas des conneries ! Je suis allé très loin. J’ai vu des vidéos de Capetown où on montre des personnes armées de reflex qui se postent à des endroits très passants et qui font des photos de gens dans la rue et proposent donc des séances de shooting directement dans la rue. Libre à vous d’accepter la séance ou pas. Le photographe vous envoie ensuite les photos réalisées en échange de quelques Rands bien sûr. Je ne connais pas les tarifs, mais sur les vidéos, les gars semblaient dire que ça rapportait pas mal! J’en ai vu quelques unsl lors de mon séjour à Capetown. Dans les vidéos, les gars disent donc qu’ils font de la street photography…
D’autres vidéos ou de photographes de rue que j’ai trouvé, ne font que des portraits de gens dans la rue et très souvent des photos de sans abris ou des photos d’apprentis gangsters… Je vous invite à essayer par vous même de faire une recherche et vous verrez de quoi je parle.
Tout ça pour vous dire que, je m’avancais en terrain inconnu et que j’appréhendais un peu car, je sais comment ça peut être compliqué de faire de la street photography à l’île de la Réunion, alors le faire dans un pays africain, plutôt pauvre, assez peu sûr…

Ce qui explique que mes premières sorties, je les ai réservées à des endroits plutôt consensuels, à savoir les endroits touristiques. Ça tombait très bien, le quartier malaisien de Bo Kaap était juste à 100 mètres de mon école d’anglais. J’y suis allé le matin très tôt avant les cours et même après. J’ai fait quelques belles photos là bas et j’ai même pu sympathiser avec des personnes du quartier qui passaient leurs fins d’après-midi à jouer aux dominos. C’étaient toutes des gens de la communauté musulmane de Bo Kaap et je l’appris des personnes très impliquées localement. J’ai pu discuter un peu avec eux de l’évolution du quartier et des changements qu’ils avaient vu opérer, eux qui étaient nés et avaient toujours vécus là bas. J’ai trouvé ça très intéressant. Je traînais là bas, car c’était un quartier très photogénique mais je m’intéressais aussi au quartier lui même. J’ai pu ainsi faire la connaissance d’un retraité qui s’appelle Sadik. Il a proposé de me trimballer en voiture pour m’amener à Kalk Bay, Hout Bay, Muizemberg, Simon’s, Camps Bay… En gros de me servir de guide pendant toute une journée ! Je lui ai demandé combien il me prendrait pour tout ça ? 1 200 Rands en tout et pour tout. Soit environ 60€. Je sais que le tarif habituel est de plus de 3 000 Rands…

Tout ça pour vous dire que je l’ai joué safe au début car j’appréhendais un peu d’être seul dans les rues de Capetown. De jour, dans le centre ville, je pense qu’il ne peut rien vous arriver car il y a des agents de sécurité à pratiquement tous les coins de rue. Je pense que la ville tient à ce que les étrangers en grande partie se sentent en sécurité. Surtout ne pas les faire fuir… Car ce serait une catastrophe ! Ce qui m’a énormément marqué, c’est le nombre de sans abris et de mendiants dans toutes les rues. Vous êtes très régulièrement sollicités par des mendiants. Des enfants, des femmes, des hommes, des junkies… Ce n’est jamais agressif mais assez dérangeant quand vous n’avez pas l’habitude d’être confrontés à ça. On m’a mis en garde. Cet argent sert surtout à alimenter le trafic de drogues. Ils vous demandent de leur acheter un truc à l’épicerie du coin. Ce qui se passe ensuite c’est qu’ils vont dans les épicerie pour faire reprendre ce que vous leur avez acheter contre du cash. Bien sûr le commerçant prend sa commission dessus. Et voilà du cash pour la drogue…

De jour, je vous ai dit que c’était plutôt safe, mais il faut néanmoins rester très vigilant sur ses affaires personnelles. La nuit, c’est une autre chose. On m’a clairement fait comprendre que c’était une no go zone. Si vous devez aller au resto ou chez des amis c’est en véhicule ou en Uber. Ne faites même pas confiance aux taxis ! La seule fois que où je me suis trouvé dehors après le coucher de soleil, je suis rentré en uber. Lors de la deuxième semaine passée à Capetown, j’ai essayé d’être un peu plus brave en fréquentant les abords de la Gare Grand Central qui fourmillait de gens qui venaient des banlieues et même des townships et qui convergeaient donc toutes vers le centre ville. Je sentais bien que j’étais à la frontière qui séparait deux mondes différents. J’avais vu un escalier qui amenait sur un marché au dessus de la gare et énormément de gens convergeaient vers là bas et je me suis dit que j’allais essayer d’y aller. Juste muni de mon Ricoh GR, je devrai passer assez inaperçu. En haut des marches, une femme qui vendait des fruits m’a demandé où j’allais comme ça. Je lui ai dit que j’allais juste faire un tour et elle m’a demandé de faire demi tour. Elle m’a dit que cet endroit était très dangereux et que je devais retourner de l’autre côté de la ville. Elle m’a regardé de bas en haut et elle m’a dit : « Regarde comme t’es habillé, regarde ton sac… » Vous devez vous demander comment j’étais habillé ? Je vous joint une photo de moi prise par un mystérieux photographe.

Vous voyez ? Une paire de jeans, un hoodie de couleur noire, un sac en bandoulière kaki. Ouaip, mais le gars est de type asiatique ! Ce qui aide en Asie, n’aidait pas ici. J’ai croisé très peu d’asiatiques à Capetown. J’ai suivi le conseil de la dame et je suis retourné dans la « safe zone »… Gwen m’avait aussi demandé de ne pas prendre des risques et de revenir en une pièce. Je dois vous avouer que j’ai réessayé d’y aller avec ce fameux mystérieux photographe là bas, mais même topo, des gens nous ont très gentiment fait comprendre qu’il ne fallait pas y aller car c’était très dangereux. Même des sociétés de taxis qui acheminent les gens des townships au centre ville, nous ont déconseillés de nous rendre là où nous voulions aller… Je voulais photographier un peu de Capetown un peu plus brut, j’ai dû me contenter des endroits plutôt sûrs. J’aurai pu prendre plus de risques et y aller quand même, mais parfois il faut savoir ne pas aller au delà des limites. Et vous savez quoi ? Il y avait déjà pas mal à faire dans les « safe zone »!

Qui est donc ce mystérieux photographe qui m’a pris en photo ?
Je vais déjà vous dire comment je l’ai rencontré. J’avais appris que mon séjour à Capetown coïncidait avec la deuxième édition du Festival Photo de la ville. De nombreuses exhibitions avaient lieu dans toute la ville et il y avait même des petites séances d’échange avec des photographes qui participaient au festival. J’étais donc allé à un échange entre Richard Quaniet et Patrick de Mervellec qui exposaient cette année.
Juste avant que ça ne commence, je me retrouve dans la table Leica qui sponsorise bien sûr le festival et il se trouve que Patrick de Mevellec a fait du travail pour la Fondation Leica. Je rigole avec un gars devant la table en disant que je n’ai pas de Leica car je tiens à mes deux reins ! Il me demande avec quoi je shoote et je sors mon Ricoh GR IV et lui me montre son Fujifilm XF10 tout abimé avec des morceaux qui manquent dessus. Je lui dit que j’aime bien cet appareil et que je regrette d’avoir vendu celui que j’avais. De fil en aiguille, on en arrive à parler du Ricoh GRD IV et le gars me trouve assez calé sur ce vieil appareil. A un moment le gars me regarde et me demande si par hasard je ne serais pas un certain Jeff Chane-Mouye ?? Je suis assez surpris qu’il connaisse mon nom et là il me sors qu’ils s’appelle Paul McFarland ! Le fameux photographe que je recherchais sans succès avant de venir à Capetown !!!

C’est vraiment une rencontre improbable et je suis sous le choc, mais vraiment très content de le rencontrer. On assiste à la discussion entre Quaniet et Patrick qui dure un peu plus d’une heure. Et en sortant on va boire un café dans une église. Vous avez bien lu. Ne pouvant plus entretenir les lieux, les églises accueillent des cafés ou des salles de concert de jazz… On reste un bon moment à échanger sur la Street Photography, sur cette heureuse coïncidence. J’apprends que je m’étais trompé et que Paul n’est pas Sud Africain, mais Irlandais. Il a vécu quelques temps à Paris où il a pu rencontrer de nombreux photographes que je connais, Philippe Blayo, Elizabeth Char et même Viktor Borst. Tous ces photographes, je les connaissais du temps où j’étais encore sur Facebook. Mais je n’en ai plus entendu parler depuis que je me suis coupé de tous les réseaux sociaux. Il échange toujours avec certains d’entre eux, qui se rappellent même de moi ! J’ai du passer quoi ? Un peu plus d’un an en tout et pour tout sur Facebook et Instagram. Remarque j’étais tellement le gars un peu énervé que forcément ça doit marquer !

J’ai proposé à Paul qu’on se revoit juste avant mon départ, histoire d’aller un peu dans Capetown faire des photos. C’est avec lui qu’on s’est fait remballer encore une fois en essayant d’aller sur le marché qui se trouve sur le toit de la Gare ferroviaire. On a finit par prendre le train pour aller dans le quartier de Woodstock. Un quartier qui était jadis malfamé mais qui commence à se gentrifier avec pas mal de petits cafés ou des ateliers d’artistes. On a un peu marché sur une grande avenue et franchement, ça ne m’a pas semblé si « hypster » que ça. J’ai trouvé ça plutôt « brut » et joli à photographier. Pas mal de gens qui traînent dans la rue, mais comme nous étions deux et que nous discutions en marchant, on ne nous interpellait pas. Je pourrais marcher seul là bas, même si je serais très précautionneux car comme souvent à Capetown, on sent qu’il y a une certaine tension qui règne dans la rue. Peut être que je ressens ça, car je ne suis pas black. Je suis asiatique et ça se voit comme le nez au milieu de la figure que je ne suis pas un des leurs. Et à Woodstock, contrairement au centre ville, il n’y a pas d’agents de sécurité… On était d’accord Paul et moi sur le fait que la Street Photohraphy est plutôt une activité solitaire, mais j’ai bien aimé avoir ses reflexions dans la rue et voir ce qui attirait son regard. Paul accorde beaucoup d’importances aux détails dans la rue, ce que je ne fais pas forcément. On a beaucoup parlé de notre vision de la Street Photography et on se rejoint sur de nombreux points pour pas dire la totalité. J’ai appris que Paul avait gagné un Fujifilm X100V à un concours Fujifilm en Afrique du Sud et je ne résiste pas à vous partager sa photo tellement elle est juste superbe !

Paul est vraiment un très bon photographe de rue et très passionné. Nous partageons une certaine préférence pour une Street Photographie plutôt old-school. Il shoote presque exclusivement en monochrome et pour pas mal de photos, je lui trouve un petit côté Trent Parke. Je vous invite à aller voir sa galerie Flickr pour voir de quoi je veux vous parler. C’est un peu le bordel son compte et je dois dire que son travail n’est pas particulièrement mis en avant et je trouve ça dommage car il y a vraiment des photos géniales si on prend le temps de fouiller un peu !






Que dire pour conclure sur Capetown ? Facile de faire de la Street Photography là bas ? Je ne sais pas. On est loin des pays asiatiques. Je pense que l’Afrique d’une manière générale ne m’a pas l’air facile à photographier. Autant je me sens à l’aise et sans complexe en Asie, autant je ne me sens pas aussi confiant en Afrique. Faire de la Street Photographie à l’Île de la Réunion, à Nosy Be ou à Capetown me semble plus compliqué. La réaction des gens face à l’objectif rend les choses moins facile. Mais Capetown est vraiment une belle ville. Vous avez presque toujours un backdrop de folie avec Table Mountain, Lion’s head ou la mer. Aller faire des photos en bord de mer à la plage vers Camps Bay, Sea Point, Kalk Bay, Hout Bay est un vrai régal. Là en hiver, l’activité était plutôt réduite, mais en plein été, j’imagine le terrain de jeu de malade pour un photographe de rue. Je vous laisse avec un diaporama de photos faites pendant ce séjour côté rue.
Toutes les photos ont été prises avec le Ricoh GR IV et quelques unes avec le GR III.
