Samedi 28 septembre : Manifestation des gilets jaunes Acte 46. Voilà donc près d’un an que tous les samedis voient des manifestations se dérouler dans la France entière. Après un été qui a vu les manifestants faire une pause, la rentrée marque un retour dans la rue. En France, on a le droit de manifester dans la mesure où les manifestations sont déclarées à la Préfecture pour qu’elles soient bien encadrées. De nombreux débordements ont eu lieu en marge des différents actes précédents et c’est toujours avec angoisse que les commerçants appréhendent ces samedis …
Ce samedi, je suis dans les rues de Toulouse et assez rapidement je me rends compte qu’une certaine tension est palpable dans les rues de la ville rose. Des autocollants collés sur les vitrines des magasins, des murs taggés de messages hostiles, des parents avec leurs enfants dont on peut lire une certaine angoisse dans le regard. La veille on a appris le deuil de Jaques Chirac qui a été Président de la République de 1995 à 2007. Je passe devant des messages taggés que je trouve assez révoltants. Le monde est il en train de devenir fou ? Quand j’étais plus jeune, j’adorais une série animée qui passait sur MTV. Il s’agissait d’une fille qui s’appelait Daria qui avait un humour assez noir et elle avait l’habitude de regarder une série qui s’appelait Sick Sad World. C’est le sentiment que j’ai en me baladant dans Toulouse.
Je ne me dresse pas ici en anti gilets jaunes ni en pro d’ailleurs. Je constate juste que le monde ne tourne plus rond. Je discute avec certaines personnes dans la rue sur ces événements. Un monsieur semble t’il chargé de venir en aide aux personnes qui sont victimes de gaz lacrymogènes, m’explique qu’il est là depuis l’acte 10 (plus de 6 mois !) et qu’il fait ça pour ses enfants. Il ne sait pas comment ils vont se débrouiller dans le monde qu’on est en train de leur laisser. On discute un peu sur ce constat qu’il faut changer des choses, consommer différemment, répartir différemment les richesses. On est d’accord là dessus. Pas de temps à perdre, on voit des gendarmes marcher vers la place du Capitole passer devant nous. Ça ne présage rien de bon. D’ailleurs, assez rapidement, nous entendons une explosion et ces derniers se mettent à charger.
Ça pique tout de suite au nez et aux yeux même si je me trouve à bonne distance de l’épicentre de la manifestation. Juste devant moi un parasol du restaurant McDonald’s est en feu. C’est une impression de chaos qui règne. Et pourtant plein de badauds sont là à observer ces scènes qui ressemblent à une guérilla urbaine. Des mouvements de foule ont lieux et il nous est expressément demander de bouger pour nous mettre à l’abris. J’essaye de faire quelques photos, mais je ne prends pas de risque. Je n’ai ni casque, ni masque, ni protections. Je me contente de documenter un peu les rues en restant relativement à l’abri. Des personnes évacuent une dame visiblement très choquée avec les yeux rougis par les gaz lacrymogènes.
Peu de temps après, la Place du Capitole, le cœur le Toulouse est rendu aux piétons. Les gens circulent à nouveau comme si rien ne s’était passé. Les fourgons de la police municipale se déplacent en direction de l’épicentre de la manifestation qui s’est déplacé. Ne reste plus qu’à nettoyer les dégâts causés … Ce dimanche matin, j’apprenais par les journaux que la police avait utilisé des grenades lacrymogènes ainsi que des canons à eau pour disperser les quelques 2000 manifestants en fin d’après-midi. Les services de nettoyage étaient aussi à pied d’oeuvre pour effacer toutes les dégradations causées par cette manifestation. De toute manière un Acte 47 est déjà prévu samedi prochain … T’as raison Daria. It’s a Sick Sad World.
Toutes les photos ont été réalisées avec le Ricoh GR à Toulouse.










