Renaissance


Il y a 4 ans de ça, je commençais à m’intéresser à la Street Photography. Aujourd’hui je considère plus la Street Photography comme une façon de vivre et non pas un style photographique à proprement parlé. Il y a 4 ans de ça, ce n’était pas le cas. C’était pour moi une façon de pratiquer la photographie sans voyager. En restant chez moi sans aller dans des contrées exotiques. Je planifiais mes sorties « Street » en me réservant des jours bien particuliers comme on se programme des séances à la salle de gym. En dehors de ces séances, peu ou pas de photographie. J’ai beaucoup photographié pour plaire aux autres, pour entendre dire que ce que je faisais était chouette. Je n’ai pas honte de le dire, la satisfaction je l’obtenais au travers des regards des autres.

 

 

Petit à petit les choses ont changé, je profitais de n’importe quel instant pour faire des photos. Je ne faisais plus de distinctions entre les photos de mes amis et proches et ce que je faisais dans la rue. La frontière a commencé à se brouiller pour complètement disparaître. Je me suis mis à photographier tout ce que je trouvais intéressant sans me soucier si ça allait plaire ou pas. N’allez pas croire que je reste insensible aux réactions que peuvent avoir des gens sur mon travail. En tant que photographe, on a toujours cette envie de montrer ce qu’on a fait. En fait je dirais plutôt partager car je considère qu’il s’agit bien de partage. Montrer est un terme assez égoïste alors que partager suggère qu’il y a échange avec d’autres photographes.

 

 

La Street Photography est donc devenue une part de moi. C’est un peu comme respirer, je ne me vois pas arrêter et c’est devenu naturel comme démarche. Ces deniers mois, j’avais moins de disponibilité mentale pour m’occuper d’autre chose que de mon travail et notre début d’installation à la Réunion. Mes habitudes étaient bousculées, je devais faire face à un nouvel environnement, beaucoup de stress lié au boulot… Il y a des signes qui ne trompent pas. Depuis plusieurs mois, je grinçais des dents quand je dormais. Ma mère ne comprend toujours pas pourquoi je stresse. Alors quoi ? Je suis rentré chez moi, je suis entouré de ma famille. Il n’y a aucune raison de stresser !

 

 

Bien au contraire, j’y vois là tous les ingrédients pour être dans cet état. J’ai quitté une vie plutôt plan-plan à Jouques avec une routine confortable pour me retrouver en perte de repères à la Réunion. Même si notre arrivée sur l’île s’est passée au mieux avec l’aide de la famille pour l’hébergement et tout se qui est de l’intendance au quotidien, je ne suis pas encore chez moi au sens propre comme au sens figuré. Une première étape importante sera franchie avec notre installation dans notre future maison fin février. Mais il me faudra encore du temps avant de me sentir ici comme chez moi.

 

 

C’est comme Saint-Denis qui est dorénavant l’endroit où je traîne avec mon Ricoh au poignet. Les seules fois où je me suis retrouvé dans les rues, je ne suis pas senti à l’aise. Beaucoup d’ethnies différentes et je ne sais pas trop comment les photographier car j’ai peur de leurs réactions face à l’acte photographique. Je me pose beaucoup de questions comme en 2016 quand j’ai commencé à arpenter les rues d’Aix-en-Provence. C’est assez rigolo car même si ça ne fait que 4 ans que je fais de la Street Photography, je pensais être passé au delà de ces questionnements. Je pensais avoir suffisamment de certitudes sur ce que je faisais. Vraisemblablement ce n’est pas le cas. J’ai cette impression de renaissance dans la rue et de devoir réapprendre certaines choses.

 

 

Je ne parle pas de technique, mais de la façon d’appréhender la rue. Est ce lié à un nouvel environnement ? Je ne pense pas. Lors de mes voyages récents ou passés je n’ai jamais eu ce soucis. Il me faut bien 1 ou 2 jours pour m’acclimater à un nouvel endroit, mais je n’ai jamais ressenti un quelconque blocage. Il serait facile de conclure que tout ça est lié aux changements que j’évoquais au dessus. Je pencherai aussi pour cette explication mais je n’ai aucune certitude là dessus …

 

 

Quand je regarde les photos que j’ai réalisées depuis que je suis rentré, j’ai l’impression  d’être revenu 4 années en arrière. Je m’explique …  En 2016 quand j’ai commencé à photographier les rues d’Aix-en-Provence, j’avais tellement peur du regard des autres que je ne photographiais qu’en marchant sans m’arrêter. J’avais peur qu’on me trouve bizarre. En ce moment à la Réunion, la plupart du temps je fais exactement ce que je faisais 4 ans auparavant. Je ne prends plus la peine de m’arrêter dans la rue pour mieux composer. Je rush dans les rues un peu comme une fuite en avant. Pour tout vous dire, je suis assez bon à ce petit jeu car 4 années de pratiques m’ont appris à composer rapidement à la volée. Je sais utiliser cette technique à la perfection, mais je préfère l’utiliser quand les situations le nécessitent vraiment. Je ne faisais que ça dans la rue, d’où cette impression de régresser …

 

 

Il m’a fallu plus de 2 ans pour me sentir chez moi à Aix-en-Provence. Il me faudra du temps pour me sentir chez moi ici. Cette semaine en sortant du boulot avant d’aller chercher les enfants, je suis allé passer une petite heure dans Saint-Denis. Le temps était couvert avec une lumière très plate que j’affectionne tout particulièrement. Je n’avais pas à me soucier de mon positionnement par rapport au soleil. J’ai juste marché dans la ville sans but précis. Je me suis surpris à ralentir, à prendre plus le temps, à mieux observer les gens. C’est la première fois que je faisais ça ici. J’ai vécu ça comme une renaissance. Les choses seront encore compliquées dans Saint-Denis photographiquement parlant pour moi, mais j’ai déjà effleuré ce que je devais faire pour apprivoiser cette ville. J’ai besoin de temps et de prendre le temps d’observer les choses pour que ça aille mieux.

 

 

Rendez vous en 2024 pour voir comment les choses auront évolué !

Toutes les photos ont été réalisées avec le Ricoh GR lors de cette journée de 9 janvier 2020.

Share Button

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *