Photographie de rue à Saint-Denis


Ça va bientôt faire un an que je vis à l’île de la Réunion. En octobre prochain, je soufflerai ma première bougie. L’année dernière quand j’ai quitté Aix-en-Provence, j’avais passé les 3 dernières années à arpenter les rues de cette ville. Je la connaissais parfaitement. Même si j’ai trouvé intimidant de photographier les gens à mes débuts, en été 2019, avant d’embarquer pour l’île de la Réunion, j’étais arrivé à un stade où je ne me posais plus de questions et où les choses étaient fluides et simples dans la rue.

 

 

Sans rire, j’ai un nombre incalculable photos du mois d’août de l’année dernière que je considère comme mes préférées de ces années Aixoises ! Tout était simple je le répète. Je voyais une scène intéressante et je cliquais : Bam ! keeper. Quantitativement, j’étais arrivé à un niveau que je n’imaginais pas. C’était comme dans un rêve. Autant vous dire que le réveil a été plutôt brutal à l’île de la réunion… J’ai longtemps cru que mes difficultés provenaient des changements qui étaient en cours dans ma vie bien réglée. Nouvelle affectation, nouveau cadre de vie, remise en question professionnelle… Je ne vous cacherai pas que ces éléments ont sûrement eu un certain effet sur ma photographie. Mais maintenant que j’ai passé une année à la réunion, je peux dire qu’il y avait autre chose derrière tout ça …

 

 

Je peux affirmer qu’il est beaucoup plus difficile de faire de la Street Photography à Saint-Denis qu’à Aix en Provence, Marseille, Rome, Paris ou n’importe quel endroit où j’ai été durant ces dernières années. Tout d’abord, les situations manquent cruellement. Saint-Denis est une grande ville, mais il ne s’y passe rien… Le centre ville est mort et il n’y a aucune dynamique. Rien qui ne retienne les gens. Bars, terrasses ou places. C’est fou. C’est quand même la plus grande ville des DOM (Département d’Outre-Mer), et c’est une ville sans vie. Il est à noter que les rues sont plus fréquentées le samedi et c’est clairement le jour où je peux avoir des opportunités intéressantes photographiquement parlant… Mais le reste du temps, oubliez.

 

 

La deuxième chose qui rend les choses compliquées, c’est sa population elle même. Nous avons ici des arabes, des tamouls, des comoriens, des chinois, des africains, des créoles et des zoreils (nom local donnés aux métropolitains…). Une population très hétéroclite avec des religions différentes. Les premières ethnies citées sont très communautaires même si tout le monde vit bien ensemble. Les prendre en photos relève souvent du challenge car les appareils photos sont souvent mal vus. Même si je me balade avec mon Ricoh GRD4 qui est très discret, on me jette en permanence des regards réprobateurs quand je fais des photos. Il n’y a pas que des regards, mais aussi des paroles qui seraient à même de décourager les street photographers les moins aguerris.

 

 

Très souvent, je dois shooter à l’aveugle (from the hip) car je sais que c’est le seul moyen d’essayer de capturer une scène sans créer de confrontation. Et la confrontation est latente à la réunion car les gens n’hésitent pas à vous interpeller si quelque chose ne leur plaît pas et ils sont prêt à une confrontation même physique si c’est nécessaire. Oui on a le sang chaud ici et ce n’est pas uniquement dû au soleil… Ce que je vous raconte ici est une réalité. Malgré mes 4 années de pratique, je ne suis pas intrépide dans la rue. J’essaie de me tenir éloigné des problèmes et des confrontations en adoptant un low profile dans la rue. Je ne me cache pas pour faire des photos, mais je prends beaucoup de précautions. J’agis rapidement et j’essaye de toujours rester en mouvement pour insinuer le doute chez la personne photographiée. « Il n’a pas pu me photographier là quand même !!?… » Je n’établis jamais de Eye Contact avec les gens photographiés.

 

 

J’aimerai prendre plus le temps, mais franchement pour l’avoir fait à plusieurs reprises, je me fais repérer assez rapidement. Saint-Denis n’est pas une ville touristique et quelqu’un avec un appareil photo, aussi discret soit il, attire rapidement l’attention. Et c’est dommage car la ville offre malgré tout des moments de pure grâce qu’on aimerait capturer en prenant le temps, mais c’est très compliqué…

 

 

Jusqu’à présent, je n’ai pas eu beaucoup de soucis car je prends énormément de précautions dans la rue. Évitant même de prendre certaines photos car redoutant une mauvaise interprétation de ce que je fais. Inutile d’aller expliquer que vous faites de la Street Photography à qui que ce soit ici… Au final, les choses étaient plus simples à Aix-en-Provence. Personne ne faisait attention à moi. Cette difficulté se ressent sûrement dans les photos que je fais dorénavant à la Réunion. Beaucoup de photos prises à la volée, prises de plus loin. Je me dois de réinventer ma photographie ici pour pouvoir continuer à documenter les rues de Saint-Denis. Ce qui marchait ailleurs ne marche pas ici. Ce n’est pas plus mal. Car au final, c’est encore une évolution du plus dans mon parcours photographique. Mon travail sera forcément différent de celui que j’ai pu faire à Aix-en-Provence. On verra bien où ça me mènera…

 

 

Toutes les photos ont été réalisées avec le Ricoh GRD4.

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