Ungrateful Street Photography


J’ai envoyé aujourd’hui cette photo à John Harper. Je l’avais prise la veille et ce n’est en aucun cas un Glory Shot. C’est juste une photo qui m’ a fait sourire. J’ai vu d’assez loin cette femme qui avait la même gestuelle que les enfants quand ils jouent aux gendarmes et aux voleurs. Enfin, je ne sais pas si les enfants jouent encore à ça, mais moi à mon époque (juste après la disparition des dinosaures …), on s’amusait simplement comme ça. Pour revenir sur cette photo, je l’ai prise alors que je trainais du côté du petit marché. Sûrement la fin d’un braquage qui a eu lieu. Une femme masquée, comme peuvent l’être les truands avec son pistolet encore fumant, s’en va avec son butin sûrement composé de courgettes, tomates ou autres légumes ! Fort heureusement aucune victime à déplorer. Je suis allé dans le marché et tout le monde allait bien.

 

 

Je vous rassure tout de suite, quand je vois ce genre de scène, je ne me fais pas de films dans ma tête, je suis juste focalisé sur la gestuelle qui est devant moi. Je ne vois rien d’autre et je prie pour avoir suffisamment de temps pour être relativement près pour pouvoir faire ma photo. C’est le problème de shooter au 28mm. On a parfois besoin d’être suffisamment près des personnes photographiées. C’est souvent le cas quand il y a des gestuelles comme ici. Néanmoins, j’ai tendance à vouloir être trop près et comme sur la photo d’ouverture de ce Blog le montre, le risque est de ne pas avoir le sujet principal net. Je travaille en Zone Focusing à 2m et f8 et je sais que ma zone de netteté commence à 1m. Clairement là j’étais trop proche … D’ailleurs je préfère la photo que j’ai faite d’un peu plus loin. Plus de contexte avec la fille qui me regarde et surtout la scène nette !

 

 

Revenons un peu à John, qui me disait dans son mail, qu’il avait du mal dans la rue en ce moment et qu’il bataillait pour faire des photos intéressantes. On a tous ce genre de phases quand on fait de la Street Photography. Des périodes où on a l’impression que rien ne se passe dans la rue et qu’on perd notre temps. On en est ramené à faire des photos sans grand intérêt de personnes qui marchent dans la rue ou en jouant uniquement avec du Light/Shadow pour masquer la pauvreté de ses photos. Ces moments sont très frustrants à vivre car on sait pertinemment qu’on est en train de faire de la merde et on sait aussi qu’on est bien meilleur que ça. Il n’y a qu’à regarder dans nos archives pour voir qu’on vaut mieux que ça !

 

 

Certains appellent ça le Photographer’s Block, mais je ne crois pas que ce soit juste. Pour moi le Photographer’s Block serait de ne pas avoir envie de sortir de chez soi pour aller faire des photos dans la rue ou  de ne plus faire de photos tout simplement (des photos de ses proches, de ses amis …). Là c’est totalement différent. On parle de Street Photography, sûrement le style photographique le plus compliqué. Ce n’est pas une compétition et on n’est pas là pour dire qui a la plus grosse, mais clairement en terme de résultat, on est très dépendant de ce qui se passe dans la rue, de situations qu’on peut croiser, de la lumière, de l’imprévisibilité des choses … Il faut être très réactif car tout se passe très vite et la scène ne se reproduira pas.

 

 

C’est ce petit côté ingrat qui rend la pratique si frustrante. Je me rappelle encore de journées passées dans Aix-en-Provence avec absolument rien à me mettre sous la dent. Et pourtant la ville était ce qu’elle était. Bien sûr ces jours là, il devait y avoir un peu moins d’activité où je n’étais pas aux bons endroits aux bons moments. Bref quoi qu’il en soit, le résultat n’était pas ce que j’escomptais. C’est sûrement là où réside le problème. Je me suis rendu compte que plus je passais du temps dans la rue et plus cette frustration augmentait. Bien sûr vous avez des jours où vous semblez touchés par la grâce et tout semble facile et vous faîtes des keepers à la pelle. Mais c’est extrêmement rare.

 

 

On dit souvent que pour les sportifs, tout se passe dans la tête. Faut croire que c’est la même chose pour nous autres photographes de rue. C’est un cercle vertueux. si vous commencez à faire des photos intéressantes, vous verrez que votre état d’esprit sera différent et que votre session dans la rue sera d’un autre calibre. Quand je fais une photo qui je pense sera réussie, c’est libérateur et je n’ai plus aucune attente et ça conditionne le reste de ma session. On s’attend à ramener quelque chose à la maison à retoucher. C’est ce qui nous frustre quand on galère pour faire des photos et c’est pour le coup un cercle vicieux. Comme je le dis, tout est dans la tête !

 

 

Une solution à ça ? Je pense pas qu’il y en ait. Il faut laisser les choses se passer, continuer d’avancer et attendre la photo qui vous fera repasser dans le cercle vertueux. Accepter que les choses n’aillent pas comme on l’aimerait. Revenir à des compositions plus simples, essayer d’être attentif aux gestuelles, faire des photos cliché … En gros, tout faire pour reconstruire sa confiance dans la rue.

 

 

Personnellement, il y a une chose qui fonctionne pour moi. Je ne passe plus plusieurs heures d’affilée dans la rue. Très souvent c’est avant d’aller chercher les enfants à l’école, en faisant des courses, en allant au restaurant … Je ne dédie plus spécialement des journées à la Street Photography. J’ai maintenant une approche totalement différente. Je n’éprouve plus de frustration particulière car je passe relativement peu de temps dans la rue en mode Street Photography. Si j’arrive à avoir quelque chose, je suis content. Sinon, la frustration ne s’installe pas car je n’ai pas passé beaucoup de temps à faire des photos. Même si je ne dédie plus des journées à la pratique de la Street Photography, j’en fais quand même beaucoup car tout est prétexte à sortir mon appareil de mon sac. C’est simple, quand je suis en dehors de chez moi, j’ai très souvent l’appareil au poignet !

 

Ce qui marche pour moi ne marchera peut être pas pour vous, mais je trouve intéressant de partager avec les autres ma façon de fonctionner qui j’espère pourra donner des pistes à des personnes qui en auraient besoin.

Toutes les photos ont été faites avec le Fujifilm XF10.

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